Lundi 7 juillet 2008

Un responsable du DTFU répond aux questions posées au sujet de la dernière rencontre avec les représentants privés du Dalai Lama

Un responsable du Département de Travail du Front uni (DTFU) du Comité central (CC) du Parti communiste chinois (PCC) a accordé le 6 courant une interview à un correspondant de l'Agence de presse Xinhua (Chine nouvelle) et a répondu aux questions posées par ce dernier au sujet de la dernière rencontre avec les deux représentants privés du Dalai Lama, à savoir Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen.

Correspondant : Pourriez-vous donner un aperçu de la dernière rencontre avec les représentants privés du Dalai Lama Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen.

Responsable du DTFU : Le 1er juillet et le 2 juillet derniers, des responsables de notre Département ont rencontré à Beijing les représentants privés du Dalai Lama Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen et leur suite composée de trois personnes. Entre-temps, Du Qinglin, Vice Président du Comité national de la CCPPC (Conférence consultative politique du Peuple chinois) et Chef du DTFU du C.C. du P.C.C., a eu une entrevue avec Lodi Gyari et sa suite. Lodi Gyari et sa suite ont visité les principales installations olympiques, dont le « Nid d'oiseau » (Stade national) et le « Cube d'eau » (Centre national de natation) et ont causé avec des spécialistes du Centre chinois d'études tibétologiques. Zhu Weiqun et Sitar, respectivement Vice Ministre permanent et Vice Ministre du DTFU, ont eu des discussions avec Lodi Gyari, Kelsang Gyaltsen et leur suite.

Correspondant : Comparé avec la rencontre qui a eu lieu le 4 mai à Shenzhen, y-a-il des progrès ?

Responsable du DTFU : Lors des discussions, les responsables de notre département ont présenté de façon générale la situation intérieure du pays et ont exposé de façon plus approfondie la politique du gouvernement central à l'égard du Dalai Lama. Ils ont critiqué sévèrement les propos et les actes erronés du Dalai Lama depuis les troubles et les incidents qui ont éclaté le 14 mars dernier, et surtout depuis le dernier contact à Shenzhen. Ils ont également écouté avec patience et avec minutie les explications des représentants privés du Dalai Lama au sujet des idées politiques et de certains propos et actions de ce dernier. L'ambiance était franche, sincère et détendue lors des discussions, malgré que les opinions et les idées des deux parties divergent énormément. Le camarade Du Qinlin a formulé explicitement à l'égard du Dalai Lama la demande des « quatre conditions de non soutien », c'est-à-dire qu'en cas où le Dalai Lama désire réellement, comme il le dit, œuvrer pendant le temps qu'il lui reste à vivre dans l'intérêt du pays et de la nation et pour le bonheur du peuple tibétain, il doit s'engager ouvertement et explicitement par des propos et des actes concrets à ne pas soutenir les activités de sabotage des Jeux Olympiques de Beijing, à ne pas soutenir les activités de fomentation et d'excitation à des actes criminels de violence, à ne pas soutenir, à retenir et à empêcher effectivement les actes de violence et de terrorisme du TYC (Tibetan Youth Congress) et à ne pas soutenir toute opinion et tout acte ayant pour objectif « l'indépendance du Tibet » et la division et séparation de la patrie. Lors des entretiens, les représentants privés du Dalai Lama ont déclaré que cela est un nouvel esprit du gouvernement central et ils ont exprimé leur accord quant à cette demande de ce dernier. On peut dire que la demande du gouvernement central formulé concrètement en « quatre conditions de non soutien » et l'engagement pris par la partie du Dalai Lama de répondre positivement constitue un grand et important progrès réalisé durant cette dernière rencontre. D'après la demande de la partie du Dalai Lama, il a été déterminé la date de la prochaine rencontre pour continuer les discussions.

Correspondant : Après les incidents à Lhassa du « 14 mars », le gouvernement central a toujours demandé au Dalai Lama de « cesser trois activités », pourquoi propose-t-il cette fois-ci les « quatre conditions de non soutien » ?

Responsable du DTFU : Comme tout le monde le sait parfaitement, la clique du Dalai Lama a fomenté, organisé et dirigé les actes criminels de violence qui ont éclaté au Tibet et dans certaines autres régions où résident des Tibétains, a organisé des attaques contre les ambassades chinoises dans certains pays, a excité les activistes de « l'indépendance tibétaine » à perturber et à saboter les Jeux Olympiques de Beijing, et même après la rencontre à Shenzhen, la partie du Dalai Lama a continué à tenir des propos visant à la division de la patrie, et surtout les organisations tibétaines, dont en premier lieu le TYC, ont poursuivi leurs activités séparatistes de sabotage, et tout cela ont suscité une grande indignation de tout le peuple chinois et des ressortissants et résidents chinois à l'étranger. Le gouvernement central a demandé au Dalai Lama de mettre fin aux « trois activités », et cela était tout à fait nécessaire et visait des objectifs très précis. Les « quatre conditions de non soutien » sont en fait l'expression concrète de la « cessation des trois activités », sont plus faciles à comprendre et à manœuvrer, permet à la partie du Dalai Lama de les accepter plus facilement et traduisent nos intentions bienveillantes envers la partie du Dalai Lama afin que la rencontre puisse obtenir des résultats positifs. Si par hasard cette dernière n'accepte même pas ces quatre conditions tout à fait simples et raisonnables et ne fait pas des efforts dans ce sens, il sera difficile alors de réunir l'ambiance et les conditions nécessaires au bon déroulement de la rencontre et des discussions.

Correspondant : Quels sont les principaux sujets de discussions entre vous et les représentants privés du Dalai Lama ?

Responsable du DTFU : Le gouvernement central a toujours maintenu que pourvu que le Dalai Lama renonce effectivement à sa position de « l'indépendance tibétaine », cesse réellement ses activités de division et de séparation de la patrie, reconnaît que le Tibet est une partie intégrante et indivisible du territoire chinois, reconnaît que Taïwan fait partie intégrante du territoire chinois et reconnaît que le gouvernement de la République populaire de Chine et le seul et l'unique gouvernement légal qui représente toute la Chine, nous pourrons alors discuter avec le Dalai Lama des problèmes qui concernent son avenir personnel. Certaines personnalités ont répandu des propos erronés et malveillants à ce sujet en disant que les discussions sont des « négociations sino-tibétaines » et un « dialogue entre Has et Tibétains », ce qui est complètement absurdes. J'insiste tout particulièrement que nous ne reconnaissons aucunement le soi-disant « gouvernement tibétain en exil » et aucun pays du monde n'a reconnu jusqu'ici ce « gouvernement ». Le gouvernement central ne discutera jamais avec une telle organisation illégale. J'insiste également que suite à la réforme démocratique et à la fondation de la région autonome, les anciens serfs tibétains sont émancipés et sont devenus les maîtres du pays et que le Tibet s'est engagé dans la voie socialiste. Seuls le gouvernement populaire central et le gouvernement populaire de la région autonome du Tibet sont les représentants légaux du peuple tibétain, et aucune autre personne ou aucune autre autorité gouvernementale, quelque soit-elle, n'a le droit de prétendre représenter le peuple tibétain.

Correspondant : Comment envisagez-vous les perspectives des discussions entre le gouvernement central et la partie du Dalai Lama ?

Responsable du DTFU : A la demande des représentants privés du Dalai Lama, nous acceptons de principe de les rencontrer encore une fois dans le courant de cette année. La position du gouvernement central à l'égard du Dalai Lama est tout à fait claire et nette et les rencontres avec les représentants privés du Dalai Lama, ainsi que les progrès enregistrés au cours de ces rencontres, traduisent la bonne volonté et la sincérité du gouvernement central. Maintenant, c'est au tour de la partie du Dalai Lama de montrer une attitude positive et de faire preuve de sincérité. Pourvu que le Dalai Lama fasse des efforts pour que ses actes soient conformes à ses paroles et pourvu qu'il accomplisse réellement les « quatre conditions de non soutien », la porte des négociations entre les deux parties sera toujours ouverte et pourra enregistrer des progrès positifs.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne
par Chushi Gangdruk
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Dimanche 15 juin 2008


          Le gouvernement autrichien compte boycotter la cérémonie d’ouverture des JO-2008 en Chine (8-24 août) pour protester contre les violations des droits de l’Homme au Tibet, a indiqué vendredi le secrétaire d’Etat aux Sports, Reinhold Lopatka.
          "Je ne prévois pas" d’assister à la cérémonie, a indiqué à l’agence M. Lopatka, qui sera le seul membre du gouvernement autrichien présent en Chine lors de la compétition.
          Il a précisé à l’agence APA qu’il pourrait être amené à revoir sa position si "la situation (au Tibet) s’améliorait significativement".
          Les dirigeants européens n’ont pas adopté de ligne commune sur leur participation à cette cérémonie. La chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique Gordon Brown et le Premier ministre polonais Donald Tusk ont indiqué qu’ils n’envisageaient pas d’y prendre part.
          Le président français Nicolas Sarkozy a, quant à lui, lié sa présence à la reprise d’un dialogue entre Pékin et le dalaï-lama, dans la droite ligne de la position adoptée par le Parlement européen.

AFP

http://www.tibetan.fr/?JO-2008-Vienne-compte-boycotter-la

par Lönpo Gar publié dans : Actualités Générales
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Vendredi 13 juin 2008

Encore cinq Tibétains arrêtés à Kardze.

     Namsel Lhamo (30 ans), Tenzen Thargyal (32 ans), une troisième personne non identifiée ainsi qu'un garçon et un moine du village de Loba, ont été battus et arrêtés par les forces de l'ordre chinoise le 11 juin 2008 vers 10 heures du matin alors qu'ils manifestaient pacifiquement. 
     Les forces de l'ordre ont ensuite fait une descente chez Namsel Lhamo où elles ont saccagé des photos du Dalai Lama. Pema Gyatso, le frère de la jeune femme, aurait alors dégainé son épée. Il s'est échappé dans la montagne et n'a pas encore été rattrapé par les 200 policiers lancés à ses trousses. Les autorités mettent la pression sur le reste de la famille.

http://www.rfa.org/english/news/tibet/tibetanskarze-06112008170913.html

par Lönpo Gar publié dans : Tibet
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Mercredi 11 juin 2008

Les communications devenant plus difficiles avec les personnes vivant au Tibet, les conversations par téléphone portable avec la famille et les amis à l’étranger et les témoignages de seconde main continuent malgré tout de décrire ce qui se passe au Tibet :

3 juin 2008 : Témoignage d’un entrepreneur de Ngari
- "Des hélicoptères chinois volent au dessus de la région de Ngari presque tous les jours. Des convois de camions militaires se déploient dans les villes principales de la Préfecture. Les habitants voient dans ces activités une démonstration de force visant à les menacer et à les intimider".
- "Les autorités chinoises ont ordonné à toutes les familles tibétaines de la région d’envoyer une personne servir dans la milice chinoise locale. Tous les conscrits de la milice sont entraînés dans un endroit de Ngari appelé Tsahi Gang. Ils sont obligés de porter des uniformes distribués par les Chinois"
- "La police a averti les Tibétains qu’ils ne devaient pas transmettre d’informations locales aux gens de l’extérieur. Quiconque serait pris en train de le faire serait sévèrement puni".

 Le 3 juin 2008, une femme de 79 ans du Comté de Draggo Préfecture de Kardze rapporte :
- "Ces derniers jours, la rééducation patriotique a été sérieusement renforcée dans les régions tibétaines et les monastères".
- "Le 31 mai, les autorités chinoises ont organisé une réunion dans une ville à côté du monastère de Chogri et ont tenté de forcer les gens à rejeter le Dalaï Lama et à s’opposer à l’indépendance. Beaucoup de pauvres gens se sont vu offrir de fortes sommes d’argent pour le faire. Les Chinois semblent porter beaucoup d’importance à ces critiques du Dalaï Lama".
- "Les Tibétains qui ne veulent pas critiquer le Dalaï Lama se voient menacés d’expulsion de la région. Les fonctionnaires chinois déclarent que le territoire appartient à la Chine et que quiconque refuse de se plier à la campagne d’éducation patriotique ou qui refuse de signer (la condamnation du Dalaï Lama) est libre de partir en Inde ou ailleurs".

Monique Dorizon pour tibet-info d'après rfa



 



   A Kardze, une nonne agée de 27 ans nommée Tsering Tsomo, a été battue et torturée par les forces avant d'être emmenée dans un centre de détention de police pour avoir tenu une manifestation pacifique. 200 nonnes ont manifesté pour sa liberté, elles ont été dispersées par la force. Un certain nombre d'entre elles sont blessées et ont été arrêtées. 





Tsering Tsomo

     Le 6 juin, dans le même comté, trois moines - Tsewang Dakpa, Jangsem Nyima (âgés de 22 ans) et Thupten Gyatso - avaient été battus et torturés par les forces de l'ordre pour avoir manifesté pacifiquement. Ils ont été transportés à l'hôpital alors qu'ils étaient dans un état critique. Aucune information plus récente n'a filtré sur le lieu de leur hospitalisation ni sur leur état de santé. Une rumeur donne Tsewang Dakpa pour décédé.

http://www.tchrd.org/press/2008/pr20080609.html

par Lönpo Gar publié dans : Tibet
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Mardi 10 juin 2008
Un article sur la colonisation chinoise du Turkestan oriental :

http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/329801.FR.php
par Lönpo Gar publié dans : Turkestan
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Mardi 10 juin 2008

Les manifestations prévues en France :

14 juin : Bordeaux, Paris
15 juin : Marche au Plateau des Glières
18 juin : Bordeaux
29 juin : Toulouse
19 juillet : Paris
8 août : Paris


http://www.tibet-info.net/www/Appels-a-manifester-pour-le-Tibet.html

par Lönpo Gar publié dans : Mobilisation
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Dimanche 8 juin 2008

          Teng Biao, un avocat chinois, se trouvait en France en octobre dernier, dans le cadre du "programme d'invitation de personnalités d'avenir" du ministère français des Affaires étrangères. La semaine dernière, les autorités chinoises ont décidé que Teng Biao n'aurait pas d'avenir dans sa profession : avec un de ses collègues, Jiang Tianyong, Teng Biao a été rayé du barreau chinois pour avoir proposé de défendre les Tibétains poursuivis après les émeutes de Lhassa de mars dernier.
          Avec 18 de leurs confrères, Teng Biao et Jiang Tianyong avaient signé une lettre ouverte en avril pour proposer de défendre les Tibétains poursuivis, au nom du principe contenu dans la Constitution chinoise et dans la loi, garantissant un procès équitable. Le mois suivant, ils avaient souligné dans un second texte que leur prise de position ne constituait nullement un soutien au "séparatisme" tibétain...

 http://www.rue89.com/chinatown/deux-avocats-exclus-du-barreau-pour-leur-defense-des-tibetains

par Lönpo Gar publié dans : Chine
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Dimanche 8 juin 2008

"Des Ouïghours de la province du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine, ont attaqué un poste de police à coups de pierres et de cocktails Molotov pour protester contre la répression dont ils affirment être les victimes à l’approche des Jeux Olympiques de Pékin."

http://www.tibet.fr/site/index.php?itemid=2465
http://www.tibet.fr/site/index.php?itemid=2461
http://www.liberation.fr/actualite/monde/330391.FR.php

par Lönpo Gar publié dans : Turkestan
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Dimanche 8 juin 2008

     "Pourtant, ce tour de vis augure mal des chances des parents du Sichuan d'obtenir réparation. Avec leurs banderoles proclamant qu'ils ont "confiance dans le parti pour rendre justice à leurs enfants", leur obstination mêlée de colère, ils ressemblent aux milliers de pétitionnaires qui, pour des terres agricoles spoliées ou polluées, des logements confisqués ou des transfusions sanguines empoisonnées, se sont lancés dans une poursuite bien aléatoire de la justice, se heurtant à une résistance qui, loin des caméras, se transforme très vite en répression politique."

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/06/07/la-police-chinoise-interdit-l-acces-aux-ruines-des-ecoles-du-sichuan_1055114_3216.html#ens_id=1043586

par Lönpo Gar publié dans : Chine
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Samedi 7 juin 2008

Depuis les manifestations de Lhassa en 1987-1989, connues grâce aux témoins occidentaux présents, l’intérêt médiatique était retombé et, pour les politiques, la question tibétaine rejoignait en annexe celle des droits de l’homme en Chine ; pour le grand public, elle était vue à travers les prises de position du Dalaï-lama qui ne réclamait plus l’indépendance de son pays, mais « une large autonomie » à l’intérieur de la République populaire de Chine (RPC). Les événements de mars dernier ont brutalement rappelé au monde qu’un peuple souffrait et refusait de se soumettre à la loi du plus fort.

Alors que la répression militaire et policière chinoise continue à s’exercer impunément dans toutes les régions tibétaines, fermées aux étrangers (qui parle des dégâts et des victimes du récent tremblement de terre dans les zones tibétaines du Sichuan ?), on doit s’interroger sur les causes de ces révoltes et leurs possibles conséquences pour l’avenir des Tibétains.

Parler du Tibet soulève immédiatement les passions, pro- ou anti-tibétaines, pro- ou anti-bouddhistes. Chacun a son mot à dire et certains, par pure ignorance peut-être, ne font que relayer la propagande chinoise. Aussi paraît-il utile, avant d’en venir aux événements récents, d’examiner les arguments du gouvernement chinois pour dénier à la communauté internationale tout droit de regard sur le Tibet. Le premier d’entre eux est qu’il s’agit d’une affaire strictement intérieure, puisque le Tibet fait partie du territoire chinois depuis la dynastie Yuan, au 13ème siècle. Tout historien sérieux sait qu’il n’en est rien et que la soumission réelle du Tibet à l’empire des Yuan n’est que la suite, accidentelle pourrait-on dire, de sa soumission à l’empire mongol de Kubilai, conquérant de la Chine et fondateur de la dynastie Yuan. Mais, à titre d’exemple, pas plus à cette époque que sous les dynasties suivantes – y compris celle des Qing qui a établi au 18ème siècle ce qu’on peut considérer comme un « protectorat » – les cartes chinoises n’incluaient le Tibet dans le territoire chinois. Sans poursuivre, signalons seulement qu’à la révolution nationaliste chinoise de 1911, le treizième dalaï-lama proclama que, les liens personnels des dalaï-lamas avec les empereurs de Chine étant caducs, le Tibet était indépendant et devait lutter pour conserver cette indépendance (qui fut effective jusqu’à l’invasion chinoise de 1950).

Une autre assertion du gouvernement chinois est que l’Armée populaire de libération a délivré le peuple tibétain du joug d’une société féodale et esclavagiste régie par le clergé et la noblesse, société que veut restaurer le Dalaï-lama. Certes, comme pour bien d’autres pays encore à cette époque, un système de classes rigide faisait peser sur le peuple tout le poids des taxes et des corvées, et tenait une partie de la population – mais de manière variable selon les régions et les maîtres – soumise à une forme de servage. Incidemment, on peut se demander, si les Tibétains sont plus heureux sous la nouvelle société socialiste, pourquoi ils manifestent et pourquoi plus de deux mille d’entre eux fuient en exil chaque année, au risque d’être arrêtés, torturés ou même tués. Quant à la supposée volonté inavouée du Dalaï-lama de restaurer la « théocratie », c’est totalement infondé si l’on considère le refus des Tibétains eux-mêmes de revenir à l’ancienne société et la démocratisation du gouvernement en exil que le Dalaï-lama a imposée ; sans parler de ses déclarations, jugées cependant mensongères par certains.

Il est temps de revenir aux récentes manifestations. Elles ont surpris par leur ampleur et surtout par leur extension hors de la Région autonome du Tibet (RAT, Tibet central et occidental), dans les anciennes provinces orientales tibétaines du Kham et de l’Amdo, incorporées par le gouvernement chinois dans les provinces du Qinghai, Gansu, Sichuan, Yunnan : sur la centaine de protestations recensées à ce jour, la plupart ont eu lieu dans ces régions. Le gouvernement chinois a réagi, comme d’habitude, en dénonçant un complot du « séparatiste » Dalaï-lama, soutenu par les organisations tibétaines en exil, dont le Tibetan Youth Congress, déclaré « organisation terroriste ». La seule preuve de ce complot avancée à ce jour est la quasi-simultanéité du déclenchement des soulèvements. C’est oublier que le 10 mars, jour de la première manifestation à Lhassa, est pour tous les Tibétains la date anniversaire du soulèvement de Lhassa en 1959 qui vit le départ en exil du Dalaï-lama, anniversaire célébré partout dans le monde mais banni, tant en RAT que dans les autres zones tibétaines, par les autorités chinoises. C’est oublier aussi que, désormais, par l’Internet (même soumis à la censure) et les téléphones cellulaires, les Tibétains ont un accès à l’information qu’ils n’avaient pas auparavant. Il n’est pas besoin de complot pour imaginer que, informés du discours traditionnel à cette date du Dalaï Lama – inhabituellement virulent contre la politique chinoise au Tibet –, des manifestations que leurs compatriotes en exil projetaient à l’occasion du parcours de la flamme olympique, et des manifestations à Lhassa, ils aient laissé éclater leurs frustrations et leur désespoir dans des protestations qui se sont répandues comme une traînée de poudre.

La vraie question est « pourquoi ces manifestations ? » qui, d’évidence, marquent l’échec de la politique menée par la RPC depuis plus de cinquante ans au Tibet. Les médias occidentaux qui ont largement couvert les événements en ont rendu compte de manière réductrice en titrant : « les moines tibétains manifestent ». Il est vrai que la plupart des soulèvements se sont déroulés selon le schéma bien connu depuis les manifestations de 87-89 : des religieux (moines ou nonnes) commencent une protestation pacifique ; ils sont arrêtés, battus et la foule se révolte et réclame leur libération. Mais en analysant les films et photos qui ont circulé sur Internet, on constate que les laïcs étaient les meneurs des actions les plus « musclées » et que, surtout dans l’Est, ils étaient parfois les seuls participants. Les mobiles qui les ont poussés à ces actions désespérées sont certainement divers ; on a avancé des raisons d’ordre économique, les Tibétains étant exclus de fait du développement de leur pays, soutenu à grands frais par le gouvernement chinois mais sans retombées sur la population. Il est certain que beaucoup de jeunes citadins, sans travail, rêvent de pouvoir accéder aux plaisirs de la modernité : moto ou voiture, téléphone cellulaire, vêtements à la mode… Désœuvrés, ils traînent dans les bars et les karaokés et il est probable que les « casseurs » de Lhassa qui se sont attaqués aux biens et aux personnes des commerçants chinois se sont recrutés parmi eux. Pourtant, à examiner les slogans sur les pancartes des manifestants, et les paroles des rares Tibétains qui ont pu s’exprimer auprès d’Occidentaux, leurs revendications étaient d’un autre ordre, affichant « liberté religieuse », « retour du Dalaï-lama », « liberté » ou « le Tibet aux Tibétains », « Frères chinois hors du Tibet ».

Que la liberté religieuse et le retour du Dalaï-lama viennent en tête des revendications peut paraître surprenant ; c’est méconnaître la nature même de la culture tibétaine où le laïc et le sacré sont étroitement imbriqués (et cette méconnaissance est probablement la plus grave erreur de la politique chinoise). Depuis le lancement du « Plan de développement de l’Ouest » dans les années 2000, le contrôle déjà strict des monastères et de la pratique religieuse s’est amplifié (par exemple, ingérence de l’État dans la désignation des plus hautes instances religieuses, interdiction aux fonctionnaires tibétains d’avoir un autel chez eux, à eux et aux écoliers de participer aux activités et fêtes religieuses, interdiction de célébrer certaines fêtes, etc.). En même temps, la méfiance de Pékin envers les « séparatistes » tibétains a tourné à la paranoïa, déclenchant une recrudescence des attaques contre le Dalaï-lama, étendant l’interdiction de détenir sa photo aux régions tibétaines en dehors de la RAT (les coupables sont arrêtés et encourent des peines de prison d’au moins trois ans) et la multiplication des sessions obligatoires de rééducation politique, non seulement dans les monastères mais pour les laïcs et, depuis les événements de mars, pour les fonctionnaires tibétains ; sessions ou séances au cours desquelles chaque personne doit signer un papier condamnant le Dalaï-lama et affirmant l’appartenance du Tibet à la « mère patrie ». Une conséquence inattendue de ce matraquage idéologique est peut-être d’avoir éveillé chez les Tibétains, qui se perçoivent si différents des Chinois, une conscience politique dont ils étaient dépourvus : on assiste à la formation d’une unité nationale, rassemblant autour de la figure emblématique du Dalaï-lama les Tibétains du centre et de l’est, souvent antagonistes au cours de l’histoire. Le meilleur exemple qu’on en puisse donner est celui des manifestants dans l’Est tibétain, défilant avec le drapeau tibétain, déposant le drapeau chinois pour le remplacer par le drapeau tibétain, drapeau créé sous le règne du treizième dalaï-lama au cours duquel les tendances séparatistes des provinces orientales avaient provoqué des conflits parfois violents avec le gouvernement de Lhassa.

Le plan de développement de l’Ouest chinois a aussi exacerbé les frustrations des Tibétains dans le domaine social et culturel. L’adoption d’un système économique libéral par la Chine a entraîné la disparition du système de santé gratuit pour les Tibétains ; désormais l’accès à l’hôpital est payant, de même que les médicaments, et souvent hors de portée de leurs ressources. De nouveaux frais de scolarité empêchent beaucoup de familles d’envoyer leurs enfants à l’école. Le souci d’efficacité économique a encore réduit la part de la langue tibétaine dans le système éducatif – à partir du collège tout l’enseignement est en chinois, de même qu’à la seule université tibétaine, à Lhassa – et dans l’administration. La plupart des Tibétains ruraux ne parlent pas chinois et se sentent devenir des étrangers dans leurs propres villes. D’autant plus que celles-ci attirent les migrants chinois qui y prennent tous les emplois, y compris les petits métiers (vélo-taxis, tailleurs…) que pourraient occuper les Tibétains qui, dans l’ensemble, sont sans formation professionnelle. S’ajoute à cela la colère des villageois déplacés et expropriés (par exemple lors de la construction du chemin de fer de Lhassa), des populations pastorales et nomades, particulièrement nombreuses dans l’Est tibétain, dont les autorités chinoises ont autoritairement clôturé les pâtures, interdisant ainsi les circuits de nomadisation traditionnels, et qui sont vigoureusement incités à se sédentariser mais que l’on reloge dans des cahutes minuscules en béton, construites à la hâte dans les faubourgs des villes, où on ne leur propose aucun travail. Ainsi, des populations qui subvenaient à leurs besoins par l’agriculture et l’élevage, viennent grossir le sous-prolétariat urbain.

On pourrait continuer à dresser la liste des erreurs de la politique chinoise au Tibet, qui mettent en péril la survie même de la culture tibétaine. On ne fournira qu’un seul exemple : beaucoup des jeunes écrivains tibétains actuels, formés en Chine, ne savent pas écrire leur langue et écrivent en chinois. Les récents soulèvements conduiront-ils le gouvernement chinois à prêter l’oreille aux revendications tibétaines et à infléchir sa politique ? On peut en douter, au vu de la brutalité de la répression ; d’ailleurs, même « une large autonomie culturelle » comme la réclame le Dalaï-lama semble impensable car elle ouvrirait la vanne des revendications des autres « minorités nationales », Ouighours et Mongols en tête. Il faut tenir compte aussi du poids de l’opinion publique chinoise, unie dans un élan nationaliste impressionnant, qui n’a vu des manifestations tibétaines que les images, passées en boucle par la télévision officielle, de leurs compatriotes attaqués à Lhassa, et qui est choquée par « l’ingratitude » des Tibétains à qui, lui dit-on, la Chine a apporté liberté et progrès. Le droit des peuples à l’auto-détermination semble, hélas, bien loin d’être accordé aux Tibétains.

                                                                                                                                                                  par Anne-Marie Blondeau



http://www.reseau-asie.com/cgi-bin/prog/pform.cgi?langue=fr&ID_document=2078&TypeListe=showdoc&Mcenter=edito&my_id_societe=1&email=&password

par Lönpo Gar publié dans : Tibet
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